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L'élaboration des perles

Par Benjamin Mathieu


L'opération de greffe

La greffe perlière consiste à introduire un nucléus et un greffon à l’intérieur de la gonade (glande sexuelle) d’une huître. Le nucléus est une bille de nacre fabriquée à partir de la coquille de bivalves d’eau douce (Pleurobema cordatum ou Fusconaia ebenus) provenant du Japon mais aussi du Mississipi et du Yang-Tsê Kiang en Chine. Le greffon est un morceau du manteau interne d’une huître saine.

  • Déroulement de l’opération :

-          La préparation :

Les huîtres arrivées à maturité (2 à 3 ans d’âge et minimum 12 cm) sont sorties de la station d’élevage, détachées de leurs chapelets et stockées sur des barges, près du local de greffe à proximité de l’élevage ou sur le littoral. A noter que les fermes sur pilotis comme sur la photographie ci-dessous, permettent d'optimiser les déplacements des huîtres.

Une maison de greffe disposée sur le rivage ou trop près de celui-ci peut nuire à la qualité des huîtres. En effet,  l’eau est souvent plus chaude et stagnante.

 

Juste avant la greffe, les huîtres sont nettoyées pour être débarrassées des parasites qui entourent la coquille. Un technicien ou le greffeur se charge d’entrouvrir l’huître à l’aide d’un dilatateur et y dispose une cale afin qu'il puisse intervenir rapidement. Cet écartement ne doit pas dépasser 1,5 cm au risque de déchirer le muscle adducteur.

-          L’intervention :

Le greffeur sélectionne à partir d'un échantillon d'huîtres saines, celle dont il découpera les cellules épithéliales du manteau qui viendront produire la nacre des perles (photographie). De petits segments, appelés greffons, sont découpés en vue d'être placés dans les huîtres porteuses (photographie).
Deuxième étape en fonction de la taille du spécimen, le greffeur choisit la taille du nucléus autour duquel il viendra coller le greffon.
Le greffeur commence par sectionner la gonade (organe sexuel de l'huître ) pour créer une cavité qui accueille le nucléus et le greffon placé face interne contre pour qu'il y ait sécrétion. L’huître refermée est déposée dans un bac , charnière vers le haut pour éviter que le nucléus glisse sous l’effet de son poids vers l’incision et se déloge. L’opération dure 2 minutes ; Les huîtres greffées sont disposées dans des pochettes individuelles de rétention afin de relever les éventuels rejets (le nucléus se retrouve prisonnier dans le sac s’il est expulsé par la nacre).

 
Les progrès technologique et le savoir-faire humain accomplis.

  • Le matériel de greffe :

Le nucléus : Différentes tailles de nucléus sont proposées en fonction de la grosseur de l’huître.
Le nucléus étant le support sur lequel viendront se fixer les couches de nacre, la structure et la surface de celui-ci, semblable à la couche nacrière, doit être la plus lisse possible si l’on veut augmenter les chances de produire une perle ronde. En effet, les plaquettes de carbonate de calcium qui constituent la couche nacrière de la perle sont de taille microscopique. Elles vont donc épouser toutes les imperfections de la surface du nucléus. Accroître la qualité des nuclei, c’est aussi accroître la qualité des perles. C’est pourquoi, depuis les recherches entreprises en 1990, une attention particulière est entretenue par le marché mondial de la Perliculture, au polissage des nuclei au Japon comme aux Etats-Unis et en Chine.


Les outils : Pour éviter les risques d'introduction d'agents pathogènes dangereux pour Pinctada margaritifera, une interdiction d'importer des matériels usagés a été édictée. Cependant, les matériels usagés stérilisés à l'entrée du Territoire peuvent déroger à cette interdiction.

  • Le savoir-faire des greffeurs :

Les premières perles (semi-sphériques) issues d’une greffe trouvent leur origine dans la Chine du XIIIème siècle. Cependant, l’invention véritable du procédé de greffe et de culture revient à deux japonais ; M. Mise et M. Nishikawa qui en 1905 produisent les premières perles de culture rondes. Mais, ce n’est qu’en 1916 qu’un autre japonais M. Mikimoto obtint le premier brevet d’inventeur et producteur de la perle du Japon blanche dite Akoya.
Cette technicité préservée va faire des japonais les uniques greffeurs, jusqu’aux années 1980, des Pinctada margaritifera. Encore aujourd’hui, ce sont parmi eux que les taux de rétention moyen du nucléus (au contrôle après 45 jours) sont les plus élevés autour de 65 % et parfois plus de 90 % par campagne pour les meilleurs.
Le développement du secteur en Polynésie à partir des années 80-90 a très vite crée une pénurie de greffeurs qualifiés. Les salaires moyens ont considérablement augmenté, au point d’atteindre couramment 50 000 FF/mois. La plupart des exploitations ne pouvant assumer de tels frais de fonctionnement,  l’ensemble des acteurs de la perliculture se regroupent au sein de sociétés ou d’associations pour essayer de diversifier le recrutement.

Deux solutions ont été adoptées :
L’emploi de greffeurs chinois, dont le niveau de vie moindre permet de réaliser des économies sur les salaires, tout en bénéficiant d’un rendement de greffe plus élevé. Pour répondre à la demande des producteurs de perles certains Groupement d'Intérêt Economique  dont le Tahiti Pearl producers, a recruté en juillet 1998, douze greffeurs d’origine chinoise. Le président du GIE M. Franck Tehaamatai explique qu’il s’agit de contrats d’une durée d'un an, renouvelable, passés avec une compagnie gouvernementale. Le GIE sous la contribution de ses membres prend en charge leur voyage, leur couverture sociale, leur hébergement et la nourriture. Avec une expérience professionnelle de 4 à 8 ans, les greffeurs doivent néanmoins suivre une formation d'un mois pour s’adapter à la différence de taille par rapport à l’Akoya plus petite. Le président estime selon ses termes : 
« Ils sont pas chers, dévoués, soumis et peuvent rester assis sur une chaise durant huit heures d’affilée ». Rémunérés trois fois moins que les greffeurs locaux et dix fois moins que les greffeurs japonais, ils représentent une main d’œuvre bon marché.

L’autre alternative est proposée par les services territoriaux (Service de la Mer et de l’Aquaculture) en partenariat avec le ministère de la mer qui ont crée une école (Centre des Métiers de la Nacre et de la Perliculture – CMNP) à Rangiroa en 1991.
Cette école a pour but d’enseigner les techniques et connaissances liées à la nacre et à la perle. Elle s’adresse surtout aux jeunes polynésiens désireux de s’investir dans une activité délicate qui requière de bonnes connaissances et une expérience certaine. Les deux années 1997 et 1998, ont vu la consécration du premier greffeur paumotu, M. Petero Tupana.  Celui-ci travaille pour son compte ; Son taux de rétention atteint entre 70 et 80 % de perles rondes. Son parcours de greffeur montre la patience et la persévérance dont il faut faire preuve pour réussir. M. Tupana souligne que c’est pour cette raison, qu’il y a très peu de greffeurs locaux. 


La récolte.
  • La formation des perles :
    Il s'agit d'un long processus depuis la formation des couches de nacres à partir de l'épithélium nacrier du greffon autour du nucléus, jusqu'à la récolte des perles.
    Voici résumé schématiquement d'après la revue du Service des Ressources Marines Te Reko Parau et vu en coupe, comment se forme successivement une perle.

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Une partie du greffon disparaît peu à peu, résorbée par la nacre greffée. Par contre, l’épithélium nacrier du greffon se développe et entoure progressivemenrt le nucleus. Il constituera le sac perlier.

 

 -3 - 

L’épithélium nacrier croît et enveloppe le nucleus pour former le sac perlier. L’épithélium nacrier du greffon commence à sécréter un matériau noir organique, la conchyoline. Cette couche servira d’ancrage aux couches de nacre qui vont suivre, jusqu’à la récolte.

 

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Si la couche de nacre s’est répartie de façon homogène pendant les 18 mois suivant la greffe, il y a formation d’une perle à peu près ronde, avec une couche de nacre supérieure à 1 mm d’épaisseur sur toute la périphérie. 

C’est-à-dire qu’une greffe réalisée avec un nucleus de 2,4 BU (unité japonaise soit environ 7,5 mm de diamètre) doit donner au minimum une perle de 9,3 mm de diamètre. 

(avec 1 mm de chaque côté du nucleus: 1+7,3+1=9,3)

  • Les produits perliers obtenus : 
    La richesse d'une perle s'obtient après de longs mois d'attente et d'investissement pour le perliculteur, qui obtient des joyaux naturels tous uniques variant selon la taille, la forme et la couleur (photographie). Lors de la commercialisation, ces caractéristiques font l'objet d'une classification.

Les dérivés:
Lorsque les perles ne sont pas parfaitement rondes, on obtient des perles moins régulières, cerclées ou baroques (c'est à dire sans axe de symétrie).

Lorsque le nucléus a été rejeté, le greffon peut produit sa propre concrétion perlière pour former "un keshi"  sorte de résidu baroque inégalement pourvu de couches nacrières obtenues à partir du greffon (photographie).

Le mabe ou demi-perle de culture est le produit brut élaboré à la suite:
D'une sécrétion nacrière autour d'un demi noyau synthétique collé à la surface interne de la coquille sous le manteau de Pinctada margaritifera.
Et d'un processus de fabrication qui consiste à découper le mabe, extraire le demi-noyau, remplir la cavité avec de la résine et occultation de cette concavité par un morceau de nacre polie (photographie).
Les dépôts nacriers ont un agencement lamellaire identique à ceux de la coquille de l'huître. La récolte effectuée, l'huître devient inutilisable; C'est pourquoi cette opération intervient sur des huîtres qui ne feront plus l'objet d'une greffe.

Dernier dérivé perlier très utilisé dans l'artisanat, la coquille ou valve de Pinctada margaritifera. Nettoyées, polies parfois gravées elles viennent diversifier le marché de la perle sur le Territoire.

Références citées :

Mathieu B. (1998) Mémoire de maîtrise:"La perliculture peut-elle constituer un moteur de développement en Polynésie française".

Service des Ressources Marines, Revue "Te Reko Parau" n°6, n°11.

 

mise à jour : 10/07/2008

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